Billet

Détecter une bombe atomique, pour quoi faire?

Publié le
20 décembre 2018
par William Fleith
Mis à jour le
17 janvier 2019
Sismologie
Objets de sciences

Contexte Historique



Si Yves Rocard, s’est ainsi intéressé à la sismologie et à la conception de ce sismographe horizontal, cela vient avant tout d’une nécessité militaire. La course à l’armement voit l’apparition d’une arme nouvelle de destruction massive : la bombe atomique.

    

Ce sont tout d’abord les Américains, en collaboration avec le Canada et le Royaume-Uni qui ont mis au point la bombe atomique grâce au projet Manhattan. Ce projet d’envergure créé en 1939 a réuni jusqu'à 130000 personnes, ingénieurs, militaires et chercheurs principalement. Il coûta près de 2 milliards de dollars américains en 1945, soit environ 26 milliards de dollars actuels.

  

Il en résulte l’envoi de deux bombes opérationnelles « Fat man » et « Little Boy » en 1945 sur le Japon, qui finira par se rendre. Le bilan humain s'élève à 100000 morts.

 

  

 

Nous sommes en 1958 quand Yves Rocard met au point la première version de son sismographe, en pleine Guerre froide et la France est au centre de cet affrontement entre les Etats-Unis et l’URSS. La course à l’armement et les différentes avancées scientifiques permettent aux deux camps de multiplier leur puissance de frappe.

  

La France, se situant au milieu de ce conflit malgré-elle, a eu la nécessité de mettre en place des systèmes permettant de détecter les explosions atomiques.

 

Le CEA (commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives) voit le jour le 18 octobre 1945 fondé par De Gaulles. C’est un organisme consacré à l’énergie nucléaire à la recherche et à son exploitation scientifique. Son but initial est d’étudier les mesures propres à assurer la protection des personnes et des biens contre les effets destructifs de l’énergie atomique”. Rocard y a notamment été conseiller scientifique à partir de 1947.

   

Ici, on peut voir le pic du nombre d’ogives nucléaires qui ont étés créés entre 1955 et 1960

Les explosions atomiques ont des ondes très différentes de celles générées naturellement. Par exemple, un séisme est détectable dans une zone limitée autour de l'épicentre. Mais, l’explosion d’une bombe atomique soulève l’atmosphère et ce phénomène est détectable depuis n’importe quel endroit du monde, ce qui a permit à Monsieur Rocard de créer son sismographe horizontal.  

Les enregistrements acquis grâce au sismographe horizontal permettaient de savoir quel pays réalisait des essais atomiques. Cette information était cruciale pour savoir qui possédait potentiellement une bombe atomique opérationnelle.

Aucun traité ne régulait la fabrication de bombes nucléaires, ni les essais atomiques, qui pouvaient avoir des impacts désastreux sur la nature.

  

Le sismographe de Rocard a continué à être utilisé après la Guerre froide de part sa facilité d’usage,sa transportabilité et son efficacité.

De nos jours, l’acquisition d’une bombe nucléaire par un pays doit faire l’objet d’une validation internationale.

L’OTICE (Organisation du traité d'interdiction complète des essais nucléaires) voit le jour en 1997 et a pour but de détecter et d’empêcher tout essai nucléaire autour du globe. Néanmoins, le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires ne sera jamais officiel car beaucoup de pays n’y ont pas apportés leur signature.

L'organisation ne sera donc jamais opérationnelle légalement même si le réseau de détection SSI est installé et fonctionne de nos jours.

   

 

Le SSI (système de surveillance internationale) ne regroupe pas moins de 337 stations, 170 sismographes, 11 stations hydroacoustiques (pour détecter les explosion sous-marines), des microbarographes (qui mesure la pression de l’atmosphère) et des détecteurs de radionucléides (qui détectent les particules émises par une explosion nucléaire) partout dans le Monde connectés par satellite au siège de l’ONU à Viennes.

Les essais nucléaires clandestins, comme par exemple ceux de la Corée du Nord récemment (quatre de 2006 à 2017) ont étés enregistrés et analysés grâce au SSI, même si aucune enquête ou condamnation internationale n’a eu lieu.

L'analyse des données fournies par toutes ces stations permet de contrôler les activités atomiques menées sur terre avec une précision inégalée. La France fait partie des 3 pays avec les Etats-Unis et la Russie à avoir accès à ce système.

    

Ce système n’a d’ailleurs pas uniquement des fins géopolitiques puisque ses enregistrements ont permit de détecter entre autres l’arrivée d’une astéroïde en 2014.

La France a signé un accord avec l’OTICE en 2010 pour se servir du réseau afin d’améliorer la prévention des tsunamis sur les côtes françaises.

  

La sismologie continue à évoluer, de récentes études avancent même que les satellites pourraient aider à la détection nucléaire.




Informations générales