Billet

20/10/15 Quel est l’objectif de ma mission ?

Cette année, le programme de la campagne d’été de sismologie en Antarctique est assez chargé. Du travail m’attends dans les deux bases françaises, Dumont D’Urville et Concordia. Cependant, la vaste majorité des tâches à effectuer sont à Concordia, où je séjournerai le plus longtemps.

 

A Dumont d’Urville, le travail est assez simple. Il s’agit en premier lieu de récupérer les données enregistrées depuis la dernière campagne d’été. Les données sont transmises en temps réel jusqu’à Strasbourg, mais il arrive que la connexion soit perdue. Afin d’éviter toute perte de données elles sont également enregistrées sur un PC dédié et directement sur une clé USB, et je serai en charge de revenir avec ces sauvegardes. D’autres menu tâches sont également au programme : recharge de batteries, rangements du matériel, tri de vieux documents, etc…

 

Le programme est beaucoup plus chargé à la base de Concordia. En effet, à cause des conditions particulières de l’acquisition, des travaux de maintenance plus poussés seront à prévoir. En plus de la récupération de données comme à Dumont D’Urville, il sera probablement nécessaire de niveler les deux instruments enterrés sous la glace. Ils sont posés sur un socle de glace qui se déforme lentement sous la pression hydrostatique. Or il est absolument nécessaire d’avoir des instruments parfaitement à plat pour enregistrer des données de qualité, d’où la nécessité de les niveler.

Une intervention est également prévue sur une station autonome située à 5km de la base. Elle est alimentée par des panneaux solaires, qui ne reçoivent pas de lumières pendant plusieurs mois au cours de l’hiver. La station se met alors en sommeil et n’acquiert pas de données durant cette période. Cependant, la plus grande partie de l’énergie est consommée par la transmission sans fil. Une fois coupée, et grâce à un jeu d’une dizaine de batteries, il est possible que la station accumule assez d’énergie l’été pour enregistrer des données toute l’année.

Enfin, la particularité de cette campagne d’été 2015/2016 provient de l’installation d’un nouveau capteur ! Il est en effet prévu de déployer un sismomètre à proximité de la station. Sa différence est que celui-ci ne sera pas situé dans la cave à 12m de profondeur, mais seulement sous 1m50 de neige. Sa température ne sera alors pas constante, et il devra affronter des températures inférieures à -70°C durant l’hiver. Les données ainsi acquises ne sont pas destinées à être distribuées à la communauté scientifique, mais plutôt à étudier si un sismomètre fonctionne de manière satisfaisante dans de telles conditions. Cette installation n’a pas pour simple but de torturer un sismomètre : il est prévu dans les années à venir de changer complètement la configuration de l’installation existante. Les instruments sont actuellement situés au fond d’une cave creusé une douzaine de mètres sous la surface. La température y est constante, mais plusieurs problèmes sont apparus au cours des années. En premier lieu, la cave se déforme sous la pression hydrostatique. Au delà des simples problèmes de nivellement des instruments, cela risque de poser des problèmes de sécurité si rien n’est fait. Il est donc prévu de forer un puit d’une centaine de mètres et d’y placer un sismomètre au fond. Cette configuration permettra d’éliminer tout le bruit généré par l’activité de la base, à seulement 800m des instruments. Mais il est impossible de garantir qu’un sismomètre installé dans un puits puisse être parfaitement orienté. Pour corriger cela, un deuxième instrument doit être installé en surface. L’objectif principal de la mission est de vérifier que c’est faisable. L’installation de ce nouveau sismomètre va être le travail le plus chronophage, car au delà de l’installation à proprement parler, il faudra configurer toute la chaine d’acquisition de données et leur transmission en temps réel vers Strasbourg.

 

Je garde cependant en tête ce que m’ont dit mes prédécesseurs : rien ne se passera comme prévu !

(CC) BY-NC-SA

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