Billet

1 an après la crue du Rhin, qu'en est-il de Charlotte Töricht ?

Publié le
28 novembre 2018
par Quentin ANDRE
Mis à jour le
14 février 2019
médiation culturelle
Fiction scientifique

Un an après la dramatique crue du Rhin et le « buzz » perpétré par une militante complotiste, nous avons cherché à comprendre où en était ce phénomène en France et quel a été l’impact médiatique de celle que tout le monde surnommait « la folle du Rhin ».

« On nous ment, on nous ment », c’est par ces paroles et son attitude que le 26 février 2019 Charlotte Törricht débutait malgré elle une carrière inattendue sur le web. Rappelez-vous, un de nos confrères d'une chaîne de télévision était rejeté en direct hors du champ de sa caméra alors qu’il attendait devant la préfecture de Strasbourg la décision que devais prendre les élus locaux afin de solutionner la gestion de la crue du Rhin. Nous avons cherché à recontacter Charlotte mais elle n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations s’estimant vraisemblablement victime d’un emballage médiatique, elle qui ne faisait que transmettre « la parole de Jésus ». Au-delà du caractère perçu comme comique par les réseaux sociaux de la scène, tentons de percer le mystère d’une idéologie largement répandue dans les pays occidentaux et qui continue à s’enraciner et à se diffuser en France via les réseaux sociaux : les théories du complot. Comment le phénomène Charlotte a exposé sur la scène publique le sujet des croyances erronées ou considérées comme telles ? Quelle importance accorder à ces pensées dans une société sans cesse plus méfiante envers ses politiques et ses institutions et où la volonté de s’extraire de tout mouvement politique conduit les individus à se tourner vers des domaines plus spirituels et ésotériques ?

Qu’entend-on par « complotisme »


          La théorie du complot est, selon le chercheur Peter Knight de l’université de Manchester, ce « récit théorique qui se prétend cohérent et qui cherche à démontrer l’existence d’un complot entendu comme le fait qu’un petit groupe de gens puissants se coordonne en secret pour planifier et entreprendre une action illégale ou néfaste affectant le cours des évènements ». Le complotisme politique jouerait ainsi sur une moindre diffusion ou une diffusion fausse de l’information dans le but de conserver une forme absolue de pouvoir. Charlotte Törricht considérait, elle, que la crue du Rhin de 2019 était l’évènement qui marquait le début de l’Apocalypse annoncé par les textes saints de multiples religions et croyances. Dans un court entretien accordé par Charlotte à nos confrères en mars dernier, celle-ci considérait la crue du Rhin comme le début d’une période de fin des Temps, période commencée, selon sa croyance, en 1914. Que ce soit à tort ou à raison, force est de constater l’emballement médiatique qui a eu lieu autour de cette affaire.

« Des gens puissants se coordonne[nt] en secret pour planifier et entreprendre une action illégale ou néfaste »

 

L’emballement des réseaux sociaux

 

          Nombre d’entre vous se remémore les images relayées sur les réseaux sociaux et par les journaux télévisés qui montraient Charlotte Törricht qui, en direct à la télévision après avoir interrompu un journaliste en profitait pour diffuser son message apocalyptique. Le partage de la vidéo ou de screenshot sur les réseaux sociaux ne manquant pas de moquer, insulter ou ridiculiser tant Charlotte elle-même que le journaliste qui, dans un premier temps semble s’opposer à l’intrus avant finalement de s’amuser de la situation. Appel à la haine, récupération par d’autres complotistes ou rejet des minorités pensantes sont autant de thèmes différents qui ont émergés sur la toile, thèmes accessibles aux plus jeunes générations. La multiplication des réseaux sociaux aidant, les moins de 35 ans sont deux fois plus nombreux à adhérer aux complots, selon une étude de l’Institut Jean Jaurès. Ainsi, 18% des 18-24 ans sont partisans de « la théorie de la Terre plate » et 21% des moins de 35 ans rejoignent les idées d’au moins sept théories du complot. Le détournement des jeunes des réseaux d’informations traditionnels vers les réseaux sociaux pose un vrai problème de société. Là où les informations ne sont pas vérifiées scientifiquement, difficile de faire le part des choses dans le flot continu d’Internet, d’autant que les théories auxquelles on nous demande d’adhérer sont bien souvent dénuées de preuves.

Quelle(s) suite(s) contre les théories du complot ?

 

          Bien que solidement ancrées dans nos sociétés, les théories du complot continuent d’être une cible privilégiée dans l’éducation des nouvelles générations. Loin de vouloir instaurer une pensée unique, le gouvernement souhaite avant tout faire passer la juste information. De nombreuses campagnes de sensibilisation à la circulation de l’information sur Internet sont déjà en œuvre dans les collectivités via les établissements scolaires ou le site internet du gouvernement, mais l’action des politiques à venir va consister à la maîtrise de l’information. Le travail est considéré comme prioritaire pour les élèves qui, exposés, bien souvent, seuls devant les écrans, sont plus susceptibles de croire à toute information rencontrée. Une éducation critique mais également une formation d’enquêteur doit leur être inculquée, à savoir : recherche et vérification de la thèse rencontrée et ce quelque soit le média diffuseur.

 

« 18% des 18-24 ans sont partisans de « la théorie de la Terre plate » et 21% des moins de 35 ans rejoignent les idées d’au moins sept théories du complot »

 

Pour les adultes, un réel travail de connaissance de soi serait à effectuer d’après les spécialistes. En effet, selon le site SciencePop, les plus matures d’entre nous doivent tenter de saisir l’ensemble des tenants et aboutissants d’une pensée. Force est de constater qu’il est difficile de saisir toute la complexité du monde, ne retenir que les arguments avec lesquels nous sommes en accord est un réflexe parfaitement humain, cela permet de donner une interprétation simple à un phénomène complexe même quand celui-ci va à l’encontre de nos a priori. Il est donc de la responsabilité de chacun de mettre en perspective toute information reçue à partir de n’importe quel média, qu’il soit télévisé ou issu d’Internet.

 

 

Pour aller plus loin :

Le site du gouvernement : https://www.gouvernement.fr/on-te-manipule

SciencePop : https://sciencepop.fr/

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Ce contenu fait partie du parcours temporel "Crue du Rhin, entre science et fiction" conçu par le Master Sciences et société de l'Université de Strasbourg.

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