Billet

Rêve de Pierre - épisode 2/6

Publié le
17 juillet 2018
par Jean-Yves Marchal
Mis à jour le
27 juillet 2018
Astronomie
Vigie-ciel dans le Grand Est

Fier, l’enfant affirme :

- Monsieur, j’ai quelque chose qui va vous intéresser !


Étonné, mon sens auditif en éveil :

- Ah et quoi donc ?


L’enfant insiste :

- J’ai quelque chose à vous montrer Monsieur !


Je souris légèrement :

- Eh bien vas-y montre-moi ! Au fait, comment t’appelles-tu ?
- Hans, Monsieur !
- Hans comment ? Je t’ai déjà vu, non ?
- Hans Grohe, j’suis le neveu de Madame Robinet, la secrétaire du maire.


Le gamin met sa main dans la poche de son short et sort une roche de la taille d’un oeuf d’oie.
La pierre, grise, un peu brillante, a des arêtes émoussées. Elle semble peser lourd dans la
paume de sa main. Souriant, Hans me tend la pierre : c’est une météorite hein ?
À première vue, il me paraît probable de déceler les caractéristiques d’une météorite de bonne
taille. Nous n’avons pas ici une chondrite, mais j’hésite encore à la classer. Quelques détails
m’intriguent et je n’arrive pas à saisir lesquels.


Réprobateur, je regarde Hans :

- Dis-moi, j’espère que tu ne l’as pas volée à l’expo ?


Courroucé, il rétorque net :

- Eh Monsieur, j’suis pas un voleur ! Je l’ai trouvée tout seul.


Lorsque je demande à Hans de me conduire au lieu précis de sa trouvaille, j’ai la surprise de
découvrir qu’il s’agit du lieu-dit « Oberfeld », endroit précis où chuta la météorite de 1492.
Intrigué, je veux savoir à quelle date Hans a ramassé cette pierre. Et là encore, je suis
stupéfait : selon lui, c’était le 7 novembre 2020, exactement le même jour que la chute
historique. Il y a de quoi être troublé.
Par hasard, Hans, a-t-il retrouvé un fragment ignoré datant de 1492 ? Je suis ébahi. C’est à la
fois invraisemblable tant l’endroit fut ratissé depuis des siècles, mais aussi plausible tant les
fragments peuvent, au fil du temps, évoluer en terre.
Subjugué par cette révélation, avec l’envie de la partager, je motive Hans à m’accompagner
avec son précieux butin pour rejoindre mes amis. Ils sont tous réunis devant l’entrée de
l’expo, septiques. Léopold, Barbara, Natacha se jettent sur moi étonnés de me voir revenir
sans mes documents, accompagné d’un petit Harry Potter alsacien. Léopold et Barbara, amis
minéralogistes, me pressent de questions, assiègent Hans comme une star. Barbara ne tient
plus en place ; elle saisit la pierre. Elle l’examine fébrilement sur toutes ses faces, puis sort
une loupe pour en scruter les moindres aspérités.
Elle jubile devant un Léopold qui ironise : - Calme-toi ! C’est stressant Barbara !
Natacha vient à la rescousse de son amie : - Mais Léopold, tu sais très bien que les météorites, c’est son violon d’Ingres ! Laisse faire, on va savoir si c’est une vraie !
Après de longues minutes d’expertises, nous sommes tous d’accord sur le fait qu’elle
ressemble à s’y méprendre à une météorite différenciée et pas à sa grande soeur d’Ensisheim.
En même temps, nous sommes tous intrigués par son aspect, sa structure que n’arrivons pas à
interpréter. Ce caillou a quelque chose d’étrange. Après maintes discussions, nous sommes
fixés sur un point : il faut que Hans nous donne la météorite pour des analyses en labo. La
tâche n’est pas facile. C’est à moi que revient la lourde mission de le convaincre que cette
météorite ne lui appartient pas.
Le môme est coriace, je fais appel à Madame Robinet, sa tante. Enfin, Hans cède et nous
donne la météorite que nous stockons aussitôt en lieu sûr. Quelques semaines plus tard, la
précieuse pierre est entre les mains d’experts et nous attendons avec impatience leurs premiers
résultats.

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