Billet

Visite au musée de minéralogie

Publié le
08 mars 2018
par Juliette Ganteille
Mis à jour le
21 décembre 2018
Astronomie
Vigie-ciel dans le Grand Est

Choses promises, choses dues. Après avoir entendu parler de météorites, après avoir développé tout un imaginaire autour de leurs formes, de leurs origines et des cultes qui leur sont voués, je vais aujourd’hui  voir - de mes propres yeux - de véritables météorites ! Je crois que mon niveau de curiosité est à son maximum. En sortant des bureaux du Jardin des Sciences, quelques mètres seulement nous séparent du musée de minéralogie. Barbara nous accueille, Julie et moi, pour une visite / discussion qui s’annonce des plus passionnantes. Julie était déjà venue au musée, pour ma part c’est une première.

Le musée a été construit en même temps que l’Université Impériale de Strasbourg à la fin du XIXème siècle. Des éléments de mobilier avait été réalisés sur mesure pour ranger et conserver les spécimens, tout en les exposant grâce à un principe de vitrines. La volonté de donner à voir et de valoriser la collection de recherche était donc présente dès les débuts de l’Université. Ce mobilier d’origine est aujourd’hui encore utilisé, dans une scénographie fidèle au style allemand de l’époque.

Autour de moi, les minéraux sont tous plus fascinants les uns que les autres. Des couleurs chatoyantes, des beaux dégradés, des reflets irisés, de la brillance et des formes géométriques extrêmement complexes qui sont en contradiction totale avec l’idée que l’on peut avoir des “formes de la nature”, souvent plus organiques. Ce contraste la est très intéressant. D’après Barbara, les minéraux comme la création de l’univers sont des exemples qui montrent que “la nature, c’est de la création d’ordre”. À y regarder de plus près, le musée de minéralogie c’est aussi une grande diversité de collections : des collections de roches, d’éléments d’instrumentation, de lames minces, des modèles cristallins en bois, en verre et en fil de fer, de tableaux pédagogiques, de photographies, et bien sur de météorites.

En effet, il y a au musée 450 échantillons provenants de 236 météorites différentes. La collection de Strasbourg est l’une des plus grande collection historique de météorites de France. Dire que j’ai habité deux ans à Strasbourg sans avoir la moindre idée qu’une telle collection d’objets extra-terrestres pouvait être visible du public… Je n’ai pas le temps dans ce billet de restituer tout ce que j’ai découvert à propos des météorites, voici cependant les deux informations qui m’ont le plus étonnée et dont je crois ne toujours pas m’être remise :

  • Lorsqu’une collision a lieu dans l’espace, le morceau d’astéroïde qui s’est détaché tombera sur Terre… des dizaines de millions d’années plus tard ! Bien loin de l’image hollywoodienne d’une collision spatiale et d’une chute de météorites quasi-simultanées.

  • Lorsqu’une météorite tombe sur Terre, la roche terrestre située à l’endroit de l’impact est éjectée. Jusque la rien de bien étonnant. Cette roche reçoit une énergie telle, qu’elle peut être éjectée en dehors de l’atmosphère ! Incroyable n’est-ce pas ? Ce n’est pas fini. En retombant, et sous l’effet des changements d’états successifs dus à la chaleur extrême, au refroidissement, au transfert d’énergie, etc, la pierre se transforme en verre. Ce verre peut même être de différentes couleurs en fonction de la composition chimique de la roche d’origine. Stupéfiant.

Visuellement aussi les météorites sont étonnantes. Certaines ressemblent à des pierres, d’autres à du métal. Certaines ont d’étranges motifs géométriques en surface, d’autres sont composées comme un vitrail, avec des inclusions de minéraux colorés et translucides au milieu d’une matrice en métal. Barbara me met dans les mains l’une des météorites. Elle a plus de 4,5 milliards d’années. Elle date d’une époque où la planète Terre n’existait pas encore. Cette expérience transforme la notion d’immensité et d’infini en quelque chose de concret, de palpable. C’est à la fois complètement fascinant et profondément déstabilisant. J’ai lu dans un livre que “l’émotion ressentie par les être humains devant les météorites provient d’un vertige : celui qu’on éprouve devant la matérialisation soudaine de l’étrange.” Aujourd’hui, j’ai tenu dans mes mains un des objets les plus anciens de l’Univers. Aujourd’hui, j’ai ressenti ce vertige.

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Ce billet fait partie du parcours temporel Design et sciences : récit d'une immersion

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